Le SSM était invité à la 5ème escale du Tour de France maritime du CMF (Cluster Maritime Français), qui s’est arrêté à Brest.
Le Cluster Maritime Français
Rassemblant tous les acteurs de l’écosystème maritime, de l’industrie aux services et activités maritimes de toute nature, le Cluster Maritime Français est composé de près de 500 entités : entreprises de toutes tailles, pôles de compétitivité, fédérations et associations, laboratoires et centres de recherche, écoles et organismes de formation, collectivités et acteurs économiques locaux, ainsi que de la Marine nationale.
Pour son Tour de France du Maritime, le CMF avait fait escale à Brest le 09 juillet 2026. Le Service Social Maritime a notamment participé à la Table ronde « Enjeux et défis maritimes d’ici 2030 » aux côtés du Port de Brest, du Crédit Mutuel de Bretagne, NAVAL Group et du CINAV.


L’occasion pour Rémi Pain, Directeur Général du Service Social Maritime de présenter les missions du SSM, partager ses thématiques et revenir sur ses actualités. Retrouvez son interview complète ci-dessous.
L’attractivité des métiers maritimes est aujourd’hui un enjeu majeur. Quelles sont les principales attentes des marins et des familles que vous observez sur le terrain ?
Les problématiques peuvent être très diverses entre les différentes catégories de marins et les spécificités géographiques et économiques de leurs territoires : un marin payé à la part en 6ème catégorie, impactée par la crise de la ressource et la fermeture du golf de Gascogne, ne va pas rencontrer les mêmes problématiques qu’un conchyliculteur impacté par le réchauffement de l’Etang de Thau ou un marin au commerce en risque d’inaptitude à la navigation dans une grande compagnie maritime.
Disons que l’on constate depuis le covid une complexification des situations. Notre niveau d’activités reste constant sur l’ensemble du territoire mais les situations accompagnées sont de plus en plus complexes et multifactorielles.
Une personne ne vient pas avec un problème, mais un pool de problématiques entremêlées. La hausse des prix et notamment du carburant vient déstabiliser les budgets personnels des salariés mais aussi professionnels des petites entreprises et armateurs.
Dans le social, on dit souvent :
- 1/ plus vite vous venez nous voir et plus vite nous pouvons vous aider à agir avant la situation se détériore.
- 2/ Généralement quand quelqu’un vient vous voir pour un problème, ce n’est pas forcément le problème principal qu’il faut traiter en priorité.
Prenons l’exemple d’un marin qui vient nous voir pour une question de santé en lien avec un arrêt maladie. Il est important de faire une analyse 360 sur les problématiques périphériques que cela peut impacter :
- Des Indemnités Journalières calculées sur le salaire forfaitaire et non le salaire réel peuvent entraîner des difficultés pour payer les factures
- Il peut y avoir en cascade des problématiques de logement, des tensions familiales, et à terme des conséquences sur l’emploi si les conditions de santé se dégradent.
Il est important de traiter le sujet le plus précocement possible même si la nature humaine, la pudeur, font souvent que les personnes ayant des problèmes ont tendance à faire l’autruche et laisser les situations se dégrader. C’est naturel et humain face à des difficultés. C’est cette réalité que nous avons tenté de mettre en avant dans notre rapport d’activité 2025.
« Notre niveau d’activités reste constant sur l’ensemble du territoire mais les situations accompagnées sont de plus en plus complexes et multifactorielles. »
À l’horizon 2030, comment améliorer durablement les conditions de vie, l’accompagnement social et la fidélisation des femmes et des hommes qui choisissent les métiers de la mer ?
Nous n’avons pas la prétention de pouvoir améliorer les conditions de vie, notamment à bord, qui relèvent plus d’une problématique employeur / armateur que d’un service social.
Le monde évolue, le monde du travail évolue, le secteur maritime évolue également, et il est important que le SSM puisse se saisir des sujets de société le plus en amont possible dans une logique préventive :
1/ Si on prend l’exemple des marins extra-communautaires, qui sont embarqués sur des navires français. Il y a trois ans, nous avons constaté suite à des drames en mer les difficultés administratives pour les marins, mais aussi les patrons pour pouvoir embarquer des marins hors UE.
De bonne foi, certains étaient perdus dans la complexité des démarches. Un titre de séjour ne vaut pas autorisation de travail, qui doit faire quelle démarche et demande ? Patron ou salarié ? Quid de l’affiliation ENIM, etc. C’est dans cette logique que nous avons lancé des travaux avec l’inspection du travail maritime et d’autres partenaires afin de publier un « guide du marin étranger » qui récapitule de manière simple les différentes étapes avant d’embarquer.
2/ Autres exemple, les violences sexistes et sexuelles : en 2022 et sous l’égide du Conseil Supérieur des gens de mer, le SSGM, le CRAPEM et le SSM ont participé à un groupe de travail pour proposer des outils opérationnels afin d’accompagner les employeurs, témoins de faits ou potentielles victimes dans la prise en compte et en charge de ce fléau.
Pourquoi le SSM ? Car comme le SSGM et le CRAPEM, nous sommes au cœur de la vie des marins, de leur réalité et aussi dans les moments difficiles. Nous accompagnons quotidiennement des hommes et des femmes confrontés à ces problématiques et c’est pour cela que nous nous sommes impliqués dans les travaux.
Pour aller plus loin, on peut également parler de féminisation des métiers avec les évolutions actuelles et à venir que cela doit impliquer.
Pour les futurs marins et les marins actifs : environ 18% de bénéficiaires du SSM sont des femmes, pour les pensionnés nous montons à 36%.
Je n’ai pas les chiffres exacts, mais les femmes marins représentent il me semble 1% des marins français. Avec 19% de femmes accompagnées par le SSM, il y a donc une sur-représentativité par rapport à la population cible.
Pourquoi cette sur-représentativité ? Quelles sont les problématiques professionnelles et personnelles qu’elles rencontrent dans l’exercice de leurs métiers ? Ce sont ces sujets que nous devons analyser et traiter localement mais aussi de manière plus globale.
Capitaliser les situations individuelles pour mettre en place des mesures correctrices collectives, c’est ce vers quoi nous essayons d’aller.
« Capitaliser les situations individuelles pour mettre en place des mesures correctrices collectives, c’est ce vers quoi nous essayons d’aller. »
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